Sommeil : qualité et risque de blessures

Dans l’article précédent, Sommeil : qualité et risque de blessures, nous présentions le lien entre quantité de sommeil et le risque de blessure chez les sportifs.
Intéressons nous cette fois-ci à la qualité du sommeil et au lien, s’il y en a, avec le risque de blessure.

Qualité du sommeil

La qualité du sommeil repose sur plusieurs dimensions :

  • Endormissement facile (< 20 min)
  • Sommeil continu (peu ou pas de réveils nocturnes)
  • Profondeur suffisante (stade N3 bien représenté)
  • Sommeil paradoxal (REM) adéquat
  • Sensation de récupération au réveil

 

Certains de ces éléments peuvent être mesurés facilement de manière  objective (par exemple, la durée d’endormissement). D’autres, en l’absence de tout test médical, sont plus subjectifs et difficiles à évaluer : par exemple, un réveil partiel est-il réellement un réveil ? Enfin, certains paramètres ne peuvent être évalués qu’au moyen d’un protocole médical (profondeur, sommeil paradoxal, etc.). Quant à la sensation de récupération, elle est entièrement subjective.

Laissons cela de côté pour l’instant. L’important est que, selon de nombreuses études scientifiques – et comme chacun de nous a pu l’expérimenter –, dormir huit heures d’un sommeil de mauvaise qualité (fragmenté, agité, peu profond) n’équivaut pas à huit heures de sommeil réparateur.

Risque de blessures

Rappelons que le risque de blessure dépend lui aussi de nombreux facteurs : sport d’équipe ou individuel, discipline pratiquée, âge, sexe, préparation physique, etc. Mais qu’en est-il de la qualité du sommeil ?

Différentes études scientifiques ont mis en évidence un lien entre la qualité du sommeil et le risque de blessure.

En 2020, Silva et al. [6] suit 23 footballeurs professionnels pendant 6 mois et met en evidence un lien entre une faible qualité du sommeil et, non seulement l’augmentation de risque de blessure, mais également l’augmentation de la gravité des blessures.

Hamlin et al. [2] publient en 2021 les résultats d’une étude ayant suivi plus de 80 sportifs universitaires pendant un an. Ils montrent qu’une mauvaise qualité de sommeil est associée à un risque de blessure accru.

Charest & Grandner [1], dans leurs articles de 2020, établissent également un lien entre faible qualité de sommeil et augmentation du risque de blessure.

Viegas et al. [7], en 2022, ont suivi 19 athlètes en athlétisme pendant six mois et montrent eux aussi que la qualité du sommeil influence le risque de blessure.

Messman et al. [4] publient en 2024 une étude indiquant que les athlètes ayant rapporté davantage de perturbations du sommeil lors d’une première mesure présentaient un risque plus élevé d’être blessés ultérieurement. Chaque unité d’augmentation des troubles du sommeil augmentait les chances de blessure.

Toujours en 2024, Owoeye et al. [5] suivent 181 athlètes et observent que le risque de blessure est multiplié par 2,2 chez ceux ayant un sommeil de faible qualité.

Enfin, en 2025, Kaczmarek et al. [3] confirment eux aussi le lien entre faible qualité de sommeil et augmentation du risque de blessure.

Concernant plus spécifiquement la performance lors de compétition, Brandt et al. [8] a constaté qu’une mauvaise qualité de sommeil était un facteur prédictif indépendant de la défaite en compétition chez 576 athlètes de haut niveau, même après avoir pris en compte la colère ou la tension.

Conclusions

Une diminution de la quantité ou de la qualité du sommeil augmente le risque de blessure chez les sportifs. De plus, les études montrent que cela influence négativement les performances sportives.

Mais ce ne sont pas les seules conséquences : le manque de sommeil a également des effets négatifs sur le fonctionnement du système nerveux autonome, le métabolisme, les taux d’hormones, le taux/temps d’apprentissage, l’inflammation, le bien-être mental, le niveau de stress, la santé cardiaque, augmente le risque de dépression, etc.

Nous avons donc toutes et tous intérêt à bien dormir, tant en quantité qu’en qualité.

Sources :
  1. Charest & Grandner – « The Effect of Sleep Quality and Quantity on Athlete’s Health and Perceived Training Quality » (Sleep Med Clin. 2020 Mar;15(1):41–57) & « Sleep and Athletic Performance: Impacts on Physical Performance, Mental Performance, Injury Risk and Recovery, and Mental Health: An Update » (Sleep Med Clin. 2022 Jun;17(2):263-282)
  2. Hamlin et al. – « The Effect of Sleep Quality and Quantity on Athlete’s Health and Perceived Training Quality » (Front Sports Act Living. 2021 Sep 10;3:705650)
  3. Kaczmarek et al. – « Sleep and Athletic Performance: A Multidimensional Review of Physiological and Molecular Mechanisms » (J. Clin. Med. 2025, 14(21), 7606)
  4. Messman et al. – « Sleep disturbances and injury risk among college athletes » (Clin J Sport Med. 2024 Dec 3;35(5):e54–e60)
  5. Owoeye et al. – « Snooze it or Lose it: Understanding Sleep Disturbance and Injuries in Soccer and Basketball Student-Athletes » (Clin J Sport Med. 2024 Nov 1;34(6):610-614)
  6. Silva et al. – « Poor Sleep Quality’s Association With Soccer Injuries: Preliminary Data » (Int J Sports Physiol Perform. 2020 May 1;15(5):671-676)
  7. Viegas et al. – « The sleep as a predictor of musculoskeletal injuries in adolescent athletes » (Sleep Sci. 2022 Jul-Sep;15(3):305–311)
  8. Brandt et al. – « Perceived Sleep Quality, Mood States, and Their Relationship With Performance Among Brazilian Elite Athletes During a Competitive Period » (J Strength Cond Res. 2017 Apr;31(4):1033-1039)

Sommeil : quantité et risque de blessures

Le sommeil est un sujet complexe, qui peut être abordé selon deux paramètres principaux : la quantité et la qualité. Chacun de ces deux aspects dépend de nombreux facteurs : âge, sexe, activité physique, génétique, hormones, état de santé, etc.

Nous allons nous intéresser ici principalement à la quantité de sommeil. D’après différentes études et sondages, le sommeil semble être l’une des premières variables sacrifiées lorsque le temps manque, au profit du sport, du travail, des loisirs ou d’autres centres d’intérêt. C’est également ce que nous constatons au club au quotidien.

Pourtant, nous savons tous que le sommeil est important et nous avons tous déjà entendu certaines idées reçues sur le sommeil, comme : “les heures avant minuit comptent double”, …. Mais qu’en est-il réellement ?

Avant toute chose, il est nécessaire d’avoir une idée du nombre d’heures de sommeil recommandé. Une étude de la National Sleep Foundation en 2015 est parvenue aux résultats suivants :

Pour décider de privilégier le sommeil à une autre activité, il est nécessaire de connaître les avantages et les inconvénients de ce choix. Dans notre contexte, celui d’un sportif en quête de performance, il est important de comprendre l’influence du manque de sommeil sur la performance sportive.

Le manque de sommeil peut avoir de nombreux impacts négatifs sur les performances sportives, notamment :

  • Modification du métabolisme
  • Temps de réaction
  • Taux de blessures
  • Durée de la carrière sportive
  • Précision, vitesse
  • Erreurs mentales
  • Mémoire
  • Récupération

L’une des premières conditions pour performer est d’être en bonne santé, sous-entendu diminuer le risque voire éviter les blessures. Il est donc important de comprendre s’il y a un lien entre la quantité de sommeil sur le risque de blessures et si oui, lequel.

Risque de blessures

Le risque de blessures dépend lui aussi de nombreux facteurs : sport d’équipe ou sport individuel, discipline pratiquée, âge, sexe, préparation physique, etc. Mais qu’en est-il du manque de sommeil ?

Si l’on associe souvent le manque de sommeil à la somnolence et à la baisse de concentration, il existe en réalité de multiples façons dont il peut augmenter le risque de blessure :

  • Perturbation de la coordination motrice fine → mauvaise réception, gestes mal exécutés.
  • Diminution de la vigilance → augmentation des micro-erreurs techniques.
  • Altèration de la régénération musculaire → tissus plus fragiles, microlésions cumulées.
  • Déséquilibre hormonal → augmentation du cortisol, diminution de la testostérone et de l’hormone de croissance, ce qui freine la réparation/récupération musculaire.
  • Altération de la prise de décision → retards cognitifs en situation de fatigue.
  • Diminution de la mémoire musculaire
  • Augmentation de l’inflammation

Dans une étude menée en 2014 sur 112 athlètes de collège et de lycée pendant 21 mois, Milewski et al.  a montré que les athlètes qui dormaient moins de 8 heures par nuit avaient un risque plus important de se blesser par rapport à ceux qui dormaient 8 heures ou plus.

Voici plus précisément leur résultats :

En d’autres terme :

  • ≥ 9 h / nuit 🟢 Risque minimal (base = 1,0)
  • 8 h / nuit 🟢 +10 % Tolérable pour la plupart des athlètes adultes.
  • 7 h / nuit 🟡 +30 % à +40 % Légère dette de sommeil → baisse coordination, microfatigue musculaire.
  • 6 h / nuit 🟠 +60 % à +80 % Diminution nette des réflexes, régénération musculaire ralentie.
  • ≤ 5 h / nuit 🔴 Risque ×2 à ×3 Coordination altérée, inflammation accrue, erreurs techniques.

En dessous de 8h de sommeil par nuit, le risque de blessure est multiplié par 1,7. Il ressort également que la quantité de sommeil est le meilleur prédicateur du risque de blessure pour un sportif.

Depuis, ces résultats semblent faire consensus et rien n’est venu les contredire à notre connaissance.

Sources principales :